«La maison Denis est ainsi appelée parce qu’elle a été, pendant 85 ans, la propriété de la famille Denis, de 1836 à 1921. Il est certain que la maison a été construite sous le régime français. La tradition veut que la maison soit antérieure à 1720 mais il n’est pas impossible qu’elle remonte aux environs de 1680, car il y avait parmi les colons, des charpentiers, des maçons et des taillandiers, tout ce qu’il fallait pour utiliser le bois, le fer et la pierre dans la construction solide d’une maison de colons. La maison Denis est très simple. C’est un quadrilatère. Le toit est en pente raide de manière à ce que la neige n’y puisse séjourner. Cette forme carrée donne des pièces commodes pour y loger les meubles rustiques de l’époque.
Dans cette maison parfaitement construite pas une poutre n’a bougé malgré les charges de grains que contenait le grenier au retour du moulin banal. C'est-à-dire que ceux qui l’ont bâtie avaient fait sécher leur bois comme il convient avant de l’employer. Les maçons n’étaient pas pressés; mais ils n’eurent pas à attendre car toutes les ouvertures étaient prêtes à être encastrées dans les murs.
L’on ignore encore qui à fait construire la maison Denis, mais ce point sera élucidé. Elle a été occupée après 1753 par Augustin Matte. En 1792, elle devenait la propriété de Louis Vermet, père. Le sieur Louis Vermet, devenu marchand à Québec, fit un échange de propriété avec le sieur Charles Allard en 1832. Ce dernier ne fit pas un long séjour sur la terre. Le 21 janvier 1836, il cédait ses trois terres au sieur Athanase Denis, commerçant, résident en la paroisse de Saint-Jean-Baptiste-des-Écureuils. L’acquéreur n’est pas pressé, car le vendeur peut continuer d’occuper la maison jusqu’au 1er mai 1837. Le 1er décembre 1855, le sieur Athanase Denis, cultivateur et son épouse, en seconde noces Marie-Madelaine Brière, font cession de trois terres par donation, passée devant le notaire F.-X. Faucher, à François Denis. Le même jour, le même Athanase Denis faisait une autre donation à Jacob Denis, un autre de ses fils, à qui échut la terre où est située la maison qui nous occupe, signait un contrat de mariage, qui nous apprend que son père avait épousé en première noce Thérèse Delisle. François épousait Élisabeth Langlois, fille majeure de sieur Joseph Langlois et de dame Thérèse Matte, de Neuville. Or, notre François Denis étant décédé à l’automne 1898, sa veuve fit une donation à son fils Narcisse, qui comprenait la terre où s’élève la maison historique qui porte son nom depuis que la Commission des Monuments Historiques de Québec l’a signalée dans son livre publié en 1927, Vieux manoirs, Vielles maisons. On eut pu l’appeler La maison Eugène Béland, car depuis 1921, la terre portant le numéro 223 du cadastre officiel de la paroisse de Pointe-aux-Trembles, était passé à un descendant du pionnier Jean Béland (1680). Le 12 juillet 1947, Mlle Jeanne Béland achetait la maison bicentenaire, avec l’intention d’en faire une hôtellerie. Depuis, écoutant les conseils de personnes sages, elle a décidé d’en faire un musée local, ouvert aux touristes et aussi un débit d’article d’artisanat.
En venant de France, nos ancêtres apportaient avec eux trois vertus bien françaises, le courage, le goût et l’habileté manuelle. Aussi nos pères se montrèrent-ils débrouillards, intrépides, introduisant de la grâce dans tous leurs gestes. Comme ils mirent "pied-à-terre" en pleine forêt, ils ne se contentèrent pas des huttes faites en billes superposées à la manière dite «la cabane en bois rond». Les hommes de 1655, se mirent à acquérir le bois, à procéder aux assemblages par tenons et entailles, à constituer les pans de bois, pièce sur pièce, selon toutes les lois des meilleurs époques de l’art des charpentiers.
Pourtant le temps pressait en ces temps là aussi. Il eut été si simple d’empiler les troncs et de bousiller comme on fait aujourd’hui en pareille circonstance; mais non, le désir de faire bien l’emporta sur la facilité de faire n’importe comment et ainsi s’implanta dans le pays cet art d’employer le bois qui nous est si particulier et dont on peut dire à la fois qu’il nous a valu des choses pleines de charme infini, et malheureusement aussi une floraison de dentelles et de découpages, de tourelles et d’escabeaux, qui témoigne trop bien hélas de l’habileté consommée que nous savons mettre à tortiller le bois et à le tourmenter de toutes manières.
Nos pères ne tardèrent pas à utiliser la pierre des champs et celle de carrières. Un mur de pierre prenait facilement, dans ces temps là, cinq fois plus de place qu’un mur de bois. Mais cela n’arrête point ceux de nos pères qui avaient des maçons dans l’entourage. Les maisons prirent l’aspect des maisons du nord de la France, avec toits à deux rampants, aux pignons dépassant les toitures et laissant voir les cheminées massives dont ils sont couronnés. Mais les Canadiens durent modifier l’architecture pour satisfaire aux conditions locales. La maison Denis est un bel échantillon du talent architectural de nos ancêtres. C'est un monument qui mérite d’être vu et visité. On comprendra, en ce faisant, pourquoi la maison Denis peut aspirer à durer plusieurs siècles et faire les délices de ceux qui aiment les vielles choses qui parlent délicieusement de nos chers aïeux.»
1208 route 138 Neuville
Québec, G0A 2R0
418-909-0604